Marx et Keynes : Les limites de l’économie mixte de Paul Mattick

Par Nico ( AL Marseille)

mattickLa crise de 1929 amena le capitalisme au bord du gouffre. On vit pleuvoir les financiers qui se jetèrent en nombre par les fenêtres des grands buildings new-yorkais. Des millions de gens perdirent leur travail, leur maison, bref, tout. Puis l’économie redémarra, surtout grâce à l’essor des industries d’armements, tirée par les commandes de l’Etat…

Quelques années plus tard, après une guerre mondiale et bien des atrocités, on découvrit qu’un universitaire, Keynes, théorisait depuis un bon moment l’intervention étatique dans l’économie. Comme les capitalistes aiment bien les individus géniaux et autres proclamés « précurseurs », ils s’empressèrent de dire que Keynes en était un, et que la nouvelle économie mixte était une économie « keynésienne ».

Puis arriva la crise à nouveau, dans les années 70. Cette fois ci, les méthodes dites keynésiennes ne donnèrent rien. Le problème comme l’écrivait déjà Mattick, c’est que « les conditions qui rendaient cette solution efficace (étaient) en voie de disparition »

C’est le propos du livre de Mattick : montrer que si le développement de l’industrie de l’armement, « la production pour le gâchis », grâce au commandes publiques, a permis de retarder l’échéance de la crise, elle n’a fait que la repousser dans le temps. Le problème, pour les capitalistes, c’est de faire en sorte que le capital investi soit rentable, qu’il rapporte, sinon, il perd de sa valeur.

Grace aux politiques de relance, la baisse de la rentabilité des investissements a pu être retardée. L’État s’est chargé de commander en masse des produits, pour provoquer de la demande. Mais tout ceci ne peut pas durer : le taux de profit finit par chuter de nouveau.

Pourquoi ? Car répond Mattick, l’Etat est obligé de trouver de quoi financer toutes ces politiques publiques : il doit donc imposer les profits des capitalistes, en plus des prolétaires. Pendant une époque, c’est un mal pour un bien : l’État ponctionne le profit et le réinvestit, l’argent tourne. Mais à mesure que la part de profit nécessaire pour faire tourner la machine augmente, qu’augmente la production inutile, la base sur laquelle le système fonctionne – la production socialement utile, comme la nourriture, les habits ou les logements – se rétrécit, jusqu’à provoquer la crise. Face à cette crise, le capital n’a plus qu’une dernière solution : la fuite en avant de la dette. Pour Keynes, c’est une bonne chose : on emprunte quand on n’a pas d’argent, ça relance la machine, et on rembourse quand la prospérité revient. Le problème, comme le rappelle Mattick, c’est si ça ne marche pas. Or depuis la Deuxième Guerre mondiale, la relance s’est accompagnée d’un accroissement de la dette publique.

Alors, les capitalistes revinrent aux vieilles recettes, un peu dépoussiérées : le néo-libéralisme. En clair, une attaque massive contre le salaire grâce a une mise en compétition de la main d’œuvre à l’échelle mondiale, la montée du chômage, etc. Et pour que les gens puissent quand même consommer alors qu’on les sous-paye, hausse continue de l’endettement privé, qui finit par aboutir à une nouvelle crise, celle que nous traversons.

Aujourd’hui les lecteurs de Keynes cherchent à retrouver un peu de cette magie, qui permettrait de redonner au capitalisme un petit coup de fouet, de quoi survivre une nouvelle fois à la crise.

C’est ce que propose le Front de gauche. Mais plus généralement ce programme est aujourd’hui porté par l’ensemble de la gauche dite radicale lors des élections : une politique de relance par la consommation.

Pas plus que le néolibéralisme, le retour à Keynes ne peut permettre au capital de sortir de cette crise : comme l’expliquait Mattick, ces politiques, si elles ont pu un moment retarder son effondrement, arrivent à leurs limites. Est-ce que ça veut dire qu’il s’effondrera tout seul ? Non, bien sûr. Comme l’écrivait Mattick : « Arrivé à l’apogée de sa puissance, le capitalisme est aussi arrivé au plus haut point de vulnérabilité, il ne débouche nulle part ailleurs que sur la mort. Si faibles que soient les chances de révolte, c’est moins que jamais le moment de renoncer au combat ! »

Paul Mattick, Marx et Keynes, Les limites de l’économie mixte, Editions Gallimard, 2010, 432 pages, 9,50 euros

Source: http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article4753

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