Politique gouvernementale : Le socialo-racisme ou la gauche coloniale

Par Nicolas Pasadena (commission antiraciste)

Semaine Anticoloniale 2013 : manif du 2 mars
Semaine Anticoloniale 2013 : manif du 2 mars

Comment peut-on être de « gauche » et justifier la politique raciste menée par ce gouvernement ? Si les arguments nationalistes et identitaires simplistes sont facilement mobilisables à droite, à gauche, il s’agit plutôt de faire appel aux grands combats émancipateurs, menacés par l’envahisseur immigré !

Comme le mandat de Hollande nous le rappelle bien, la gauche n’est pas antiraciste par nature. La responsabilité des gauches dans les crimes et entreprises coloniales d’hier et d’aujourd’hui ne sont pas des accidents. Aujourd’hui, l’imaginaire colonial y est remobilisé afin de légitimer les mêmes lois que la droite.

Aux origines coloniales

Ces pratiques ne sont pas nouvelles. Au XIXe siècle, c’est une belle idée qui justifia la colonisation : « l’émancipation des peuples ». C’est la gauche de l’époque qui a défendu et porté les aventures coloniales à l’Assemblé nationale. Elle se justifiait par une idéologie rationaliste sur l’infériorité des cultures et des races en se donnant le « devoir de civiliser les peuples inferieurs » dixit Jules Ferry. Cette idéologie a été constante à gauche jusqu’au milieu du XXe siècle : Léon Blum affirma le « droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture, et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie ». Du côté du PCF aussi, malgré des analyses et dénonciation du système colonial, cette pensée transpire aussi de l’idée que la colonisation permettra au pays « arriéré » de rejoindre le niveau de conscience des classe ouvrière. En gros, il faut « éduquer » le colonisé « en retard pour qu’il se libère ». C’est la réappropriation des idées socialistes par les révolutionnaires issus des colonies qui permettra de s’attaquer à l’oppression coloniale dans son ensemble, depuis la réalité des colonisés, sans ménager les progressistes blancs des métropoles » ; un exemple de cela étant la « lettre de Maurice Thorez » à Aimé Césaire en 1954.

Une restructuration idéologique

Les luttes et victoires anticoloniales et antiracistes au XXe siècle oblige à des restructurations idéologiques pour justifier ce qui n’est plus justifiable. Aujourd’hui à gauche, une fois le racisme dénoncé moralement, les politiques racistes se justifient par un paternalisme décomplexé : chasse aux sans-papiers au nom de la lutte contre l’esclavage moderne et les réseaux mafieux, émancipation forcée des filles voilées de l’aliénation religieuse et du patriarcat. Bref, sauver les « sauvages » d’eux-même. Le PS et le PCF fusionnent souvent idéologiquement les « valeurs de gauche » avec celles de la République universaliste « une et indivisible » confondue et rarement distinguée de la « nation française ». Les combats émancipateurs comme le féminisme, pourtant souvent menés en s’opposant à la République, deviennent dans ce discours l’essence même de la République, ainsi que symbole de mémoire nationale dont nous serions héritiers : héritage quasi héréditaire (ainsi, on ne parlera de violences sexistes que lorsqu’elles toucheront les banlieues, mais on invisibilisera les violences sexistes commises ailleurs, comme si le français « de souche » était naturellement immunisé et non sexiste). Aussi, immigré et Français issue de la colonisation devront prouver qu’ils partagent ces valeur républicaines : on impose aux migrants de véritables « tests de civilisation » en les questionnant sur le droit des femmes, la laïcité, l’homosexualité… On construit des modèles menaçants : le « garçon arabe » et la « femme voilée », définis comme archaïques et menaçant les droits des femmes, qui sont jugées comme des valeurs françaises acquises « pour lesquelles nous nous serions battu » et qu’il s’agirait de préserver des envahisseurs aliénés.

Refuser les logiques d’exclusion

Parallèlement au modèle menaçant, la gauche participe au défilé de mode de l’intégration réussie (mise en avant de non-Blancs « standard de modernité », dans leur apparence comme dans leur discours, pour leur faire dire ce que l’on a envie de les entendre dire voir ce qu’on n’oserait pas dire : Malek Boutih rendant responsable les « racailles » de la montée du racisme). Ces argumentations pseudo humanistes et républicaines mais surtout néo-coloniales qui naissent à gauche finissent toujours par gagner l’extrême droite : c’est ainsi que nous découvrons un peu ahuri le FN défendre la laïcité, reprenant les argumentations de Caroline Fourest.

L’extrême gauche et le mouvement social français sont loin d’être immunisés et les divisions symboliques « eux et nous » se récrée, comme le démontre par exemple l’affaire Illam Moussaid en 2010 au NPA. Le mouvement social ne peux pas faire l’impasse de questionner ses pratiques, en particulier en termes de revendications et luttes à mener et mettre en avant (violences policières, discriminations,…).

Refuser ces récupérations socialo-racistes qui nous font le plus grand mal doit être fondamental pour le mouvement social, qui doit lui-même être vigilant à ne pas reproduire ces logiques d’exclusion.

Source : AL, le mensuel, février 2014

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