Espagne : Combattre les grèves ? Si, podemos !

Par Angel Bosqued, CGT Barcelona (traduction : Abóbora de Playa verde) et Christian (AL 94)

metro1Angel Bosqued, secrétaire aux relations internationales de la CGT de l’État espagnol vit, travaille et milite à Barcelone. Avec lui, nous revenons sur la récente grève du métro et des bus dans cette ville dont la mairie a été récemment conquise par la liste « Barcelone en commun ». Soutenue par Podemos et dirigée par une ex-animatrice du mouvement des Indignés, l’équipe municipale s’est empressée d’imposer un service minimum plus contraignant encore qu’avant.

Transports Metropolitans de Barcelona (TMB) est une entreprise municipale, dont le patron est la mairie de Barcelone. ­S’ajoute ainsi aux revendications qu’on retrouve dans tous les secteurs (salaires, conditions de travail, etc.) celle d’être effectivement reconnu en tant que service public. Car du côté patronal, mairie comprise, il apparaît que cette notion ne connaît guère que deux applications : dans les discours démagogiques avant les élections puis, une fois celles-ci passées, pour justifier des mesures antigrèves (assurant un maximum de « service minimum »).

Assemblées générales de tout le personnel

Quelle est la situation syndicale dans les transports publics barcelonais ? Au métro, il y a une forte tradition CGT, majoritaire depuis trois élections au sein du comité d’entreprise. Durant les mobilisations sociales, un comité de grève met en œuvre les décisions prises par les travailleurs et les travailleuses en assemblée générale. Aux bus, il y a un grande nombre de syndicats, des relations difficiles entre eux, mais les négociations sont en général menées par les sections syndicales qui, hormis les syndicats institutionnels, s’appuient sur des AG incluant tout le personnel ; la CGT est présente depuis longtemps et importante aussi dans ce secteur sans être toutefois majoritaire.

Depuis des années, la CGT – mais aussi d’autres sections syndicales comme ACTUV ou COS – dénoncent le nombre exorbitant de personnes placées dans le staff de l’entreprise sans qu’on ne sache vraiment à quoi elles servent ni combien elles touchent. L’analyse des bilans financiers officiels a montré que l’argent ainsi dilapidé permettrait sans problème de satisfaire les revendications salariales de celles et ceux qui travaillent vraiment dans le métro et les bus.

Face à la colère montante du personnel et la construction de sa mobilisation, les syndicats CCOO et UGT ont tenté d’y mettre un terme en signant un accord, quasiment similaire à un précédent qui datait d’il y a seulement trois mois. S’il donnait des gages à la direction quant aux futurs bénéfices du staff dirigeant et de l’entreprise, ce dernier ne répondait en rien aux revendications des travailleurs et travailleuses. Fin février, 1 746 salarié-e-s disaient ainsi non à l’accord que 1 278 approuvaient.

Soutenu par les sections syndicales CGT, ACTUC, COS, USOC et CNT [1] , le personnel des bus s’est alors organisé en vue de plusieurs journées de grève en faveur de la défense du service public de transport, pour des embauches, contre la précarisation de l’emploi, pour des augmentations de salaires et l’amélioration des conditions de travail, pour que tous les travailleurs et travailleuses soient couverts par la convention collective, et enfin contre la répression antisyndicale.

Au métro, les revendications centrales portent sur la rémunération et la sécurité. Les salaires sont les mêmes depuis quatre ans ; la suppression du personnel dans les rames et les stations a des conséquences sur la sécurité des agents et des usagers.

Dispositif antigrève

La grève a finalement été décidée pour le lundi 22 et le mercredi 24 février au métro, le mardi 23 et le jeudi 25 pour les bus. Dans le même temps se tenait à Barcelone le Mobile World Congress dont les 100 000 visiteurs contribuent à remplir les poches de quelques profiteurs en dépensant 4 millions d’euros dans divers domaines (restaurants, hôtels, transport privé, prostitution,…). Voilà qui inquiétait terriblement la mairie.

Votació_Ada_Colau_(17415918004)Celle-ci est désormais tenue par une coalition autour de Barcelona en comù (BEC) ; celles et ceux qui prétendaient faire de la politique autrement se sont empressés de condamner la grève et de se réjouir de la mise en place d’un dispositif antigrève garantissant le « service minimum » plus contraignant que ce qui avait cours sous la précédente mairie.

Mensonges des plus grossiers

La CGT Barcelone a vivement réagi, dénonçant

« la Generalitat de Catalunya qui, avec l’accord de la mairie de Barcelone, sabote le succès de la grève […] L’augmentation des services minimums imposée par la Generalitat de Catalunya, allant de 50 % à 65 % aux heures de pointe et de 30 % à 45 % pour le reste de la journée, en invoquant la pollution atmosphérique, la sécurité et la mobilité, repose sur des mensonges des plus grossiers, inventés par l’administration afin de saper un droit fondamental, celui de faire grève.

La réalité est que, depuis quelques jours, les hommes et femmes politiques de Catalogne et Barcelone ont mangé, bu et fricoté avec plusieurs personnes parmi les plus riches au monde et donc ne peuvent permettre des grèves aussi visibles et dérangeantes car l’image de la ville en serait “détériorée”.

La préoccupation de l’administration vis-à-vis de notre santé n’est pas due au hasard, s’inquiéter tout d’un coup de la forte pollution, lorsque celle-ci fait partie de notre quotidien et depuis bien longtemps, est une excuse vraiment minable. Nous dénonçons le fait que le droit de grève soit saboté par ceux et celles qui, théoriquement, se doivent de garantir les droits fondamentaux. […] Ceux et celles qui aujourd’hui dirigent TMB sont les mêmes qui, il n’y a pas si longtemps, parlaient de transparence et d’en finir avec une TMB opaque. »

À l’heure où sont écrites ces lignes, début mars, le conflit continue. Si les patrons ne font pas de nouvelles propositions s’inscrivant dans la durée, le comité d’entreprise ou le comité de grève pourraient utiliser de nouveau la seule arme des travailleurs et des travailleuses dès lors que les négociations sont interrompues : la grève. Les assemblées générales en décideront.

AL, Le mensuel, mars 2016

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