Grèce : témoignage anarcho-syndicaliste sur l’occupation de l’hôtel City Plaza par des réfugié.es

12004135_860917100660792_9139970195907054475_nDepuis le 22 avril, des activistes et des réfugié.es se sont organisés pour occuper un hôtel abandonné à Athènes. Un camarade explique le déroulement et les enjeux de la lutte.

Le City Plaza est un projet d’hébergement auto-organisé à destination des réfugié-e-s dans le centre d’Athènes : 400 personnes y sont hébergées, dont 180 enfants. Le City Plaza est un hôtel abandonné de 7 étages, inoccupé depuis sept ans, jusqu’à son occupation par des activistes et des réfugié-e-s fin avril 2016.

Le City Plaza constitue une réponse pratique aux politiques migratoires et de contrôle des frontières répressives en Grèce, à l’accord entre l’Europe et la Turquie et à la militarisation des frontières. Il s’agit d’une réponse des mouvements sociaux à la prise au piège de dizaines de milliers de réfugié.es sur le territoire grec, aux détentions de masse dans les zones de frontières, ainsi qu’aux désastreuses conditions de vie des réfugié-e-s dans les villes et dans les immenses camps gérés par l’Etat.

Le City Plaza est basé sur les principes d’auto-organisation et d’autonomie et dépend entièrement du support politique et de la solidarité pratique venue de Grèce et de l’étranger. C’est pourquoi nous appelons à la solidarité internationale envers le centre d’hébergement City Plaza. C’est seulement par une solidarité massive que cet ambitieux projet antiraciste peut survivre, se défendre contre la répression et continuer à couvrir les immenses coûts de la nourriture, des médicaments, de produits d’hygiène et de l’ensemble des choses nécessaires à son fonctionnement quotidien.


Reportage photo complet ici

Une situation dramatique

Depuis le 20 mars, le jour de la mise en application du honteux accord entre l’Union Européenne et la Turquie qui a suivi la militarisation et la fermeture de la Grèce du Nord à Idomeni, nous assistons – à Athènes et à travers la Grèce – à la détérioration des déjà dramatiques conditions de vie des réfugié-e-s. Un système de détention de masse et de déportation a été mis en place pour les nouveaux arrivants dans les îles, tandis que des dizaines de milliers de réfugié-e-s qui étaient déjà en Grèce sont forcé-e-s de vivre sans toit dans les villes ou sont acheminé-e-s vers des camps de réfugié-e-s construits par l’armée, à l’extérieur des villes, isolé-e-s et exclu-e-s de la société, des communautés, et sans accès au droit et aux services de base.

De bonnes conditions de vie pour Toutes et tous

L’existence d’infrastructures d’hébergement, inutilisées et en état de fonctionnement, juste à côté de centaines de personnes sans abri, nous a semblé être un scandale en soi. Une contradiction qui révèle non seulement l’hypocrisie de ce qui est appelé la gestion européenne de la crise, mais également la logique interne d’un système en crise qui dévalue les vies et les droits de la population locale autant que des réfugié.es et qui crée les conditions d’une intensification du racisme.

En squattant un hôtel inutilisé, nous voulions montrer l’exemple, et souligner comment les mouvements sociaux et la société par en bas sont capables d’améliorer les conditions de vie des réfugié.es et ainsi d’améliorer les conditions de vie de toutes et tous. Nous partageons l’idée qu’en défendant les droits et en répondant aux besoins des réfugié.es, nous mettons en pratique une conception de la solidarité dans notre vie quotidienne et de l’auto-organisation qui crée et développe des espaces de liberté et de luttes communes pour la population locale et les réfugié.es. Nous sommes convaincus que c’est par ces pratiques que le refrain sans cesse renouvelé du “Il n’y a pas d’alternative”, véhiculé par les politiques migratoires répressives, peuvent être remises en cause et que de l’espace peut être gagné contre l’extrême-droite : City Plaza s’est créé comme lieu de solidarité au sein d’un quartier revendiqué depuis des années par l’extrême droite et le parti Néonazi de l’Aube dorée.

Témoignage direct

Notre camarade Yannis Androulidakis, militant de l’Initiative anarcho-syndicaliste Rocinante, l’une des organisations impliquée dans le lancement de ce projet, nous livre un témoignage en français de l’occupation :

Des luttes communes

Nous ne pensons pas, bien sûr, que le problème puisse se résoudre seulement par le squat, dans la mesure où l’octroi d’un abri constitue une obligation fondamentale de l’État et des autorités locales ; nous pensons, cependant, que les squats peuvent servir non seulement de moyens de revendication de droits, mais également de lieu d’exercice pratique de droits précisément par ceux qui en sont privés : les réfugiéEs économiques et politiques rendus clandestinEs et excluEs.

Le City Plaza se voit lui-même comme une partie d’une multitude de différentes pratiques de solidarité et de luttes qui ont émergé depuis l’an dernier, se constituant comme une demande concrète faite à l’État grec, contre la détention de réfugiéEs dans des centres de détention odieux et leur isolation dans des camps monstrueux ; pour l’hébergement décent des réfugiéEs dans les villes, en assurant leur accès à la santé, à l’éducation et aux services sociaux. D’un autre côté, le City Plaza se voit lui-même comme une part du mouvement de solidarité européen et international, qui va contre la militarisation des frontières et l’externalisation des politiques d’asile, en revendiquant la liberté de circulation et le droit de séjour.

Auto-organisation

Le City Plaza héberge aujourd’hui principalement des familles, totalisant 400 personnes, incluant 180 enfants. Parmi eux, 22 familles monoparentales et des personnes en situation de handicap.

En ce moment, les nationalités qui sont représentées au City Plaza incluent des Afghans, des Kurdes, des Syriens, des Palestiniens, des Iraniens, des Irakiens, des Pakistanais et quelques autres. Chaque famille vit dans sa propre chambre, et tous les résidents reçoivent un petit-déjeuner, un déjeuner et un dîner ainsi que des produits d’hygiène.

Le City Plaza est basé sur des principes d’auto-organisation et d’autonomie politique. Il fonctionne par différentes équipes, dévolues au ménage, à la cuisine, à la sécurité, à la logistique, à l’éducation et à l’animation, à la santé, à la communication, à la réception, en réponse aux assemblées régulières des réfugiéEs et des activistes.

Soutenez le centre d’hébergement City Plaza

Par cet appel, nous appelons les différentes organisations et collectifs, syndicats, organisations antiracistes, les groupes d’étudiants et d’universitaires, les projets auto-gérés et les coopératives en Grèce, en Europe et ailleurs, à exprimer leur solidarité avec le City Plaza. Nous vous demandons de publier des lettres de soutien, de vous impliquer dans le financement et d’organiser des compagnes de donation. Plus généralement, le projet repose sur le travail des volontaires, les financements et les donations matérielles.

Soutenez le City Plaza ! Aidez les réfugiés et les activistes à le garder ouvert comme un contre-exemple aux politiques migratoires répressives, en Grèce et en Europe, et comme un projet de vie commune et de lutte !

La solidarité vaincra ! Nous nous battons ensemble, nous vivrons ensemble ! Η αλληλεγγύη θα νικήσει ! Αγωνιζόμαστε Μαζί, θα Ζήσουμε Μαζί !

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