Zerocalcare : « Nous avons eu envie de populariser la cause kurde »

Par Stef et Lulu (AL Nantes)

À l’occasion de sa venue sur Nantes, des camarades d’Alternative libertaire de Nantes l’ont rencontré l’auteur de Kobanê Calling, Zerocalcare (voir Alternative libertaire d’octobre 2016).

Alternative libertaire : Qu’est-ce qui t’a motivé à t’intéresser au Kurdistan et en particulier au Rojava ?

Zerocalcare : À l’âge de 16 ans, j’ai commencé à m’intéresser à la politique, et notamment à participer aux activités des centres sociaux italien [1], à Rome en particulier. À la fin des années 1990, Öcalan est venu à Rome pour demander l’asile politique à l’Italie. À cette occasion, des milliers de Kurdes européens ont convergé sur Rome. Les centres sociaux italiens ont pris en partie en charge la logistique (nourriture, hébergements..) des Kurdes. À cette époque des liens forts ont été créés avec la cause kurde. C’est pourquoi, quand nous avons vu les images de Kobané assiégée Avec les camarades romains des centres sociaux, nous avons eu envie de populariser la cause kurde et la résistance à Daech.

Es-tu encore en contact avec les différents personnages kurdes de la BD ?

Zerocalcare : Je suis encore en contact avec les camarades qui faisaient partie du premier voyage et Ezel, du deuxième voyage. Chaque semaine, je participe à des réunions avec la communauté kurde de Rome. Il y a très souvent des séjours au Kurdistan, notamment au Rojava, organisés par des Kurdes vivants en Italie et des Romains. Nous avons donc régulièrement des nouvelles. Par contre il est très difficile d’avoir des infos des personnes rencontrées là-bas.

Extrait de « Kobanê Calling »

Comment analyses-tu l’évolution de la situation militaire au Rojava ?

Zerocalcare : La situation est assez mauvaise au Rojava. L’entrée en guerre de la Turquie et l’intervention directe turque au Rojava (opération Bouclier de l’Euphrate) marque l’entrée en scène de l’ennemi le plus puissant des Kurdes. Sur place la situation évolue rapidement. La ville de Manbij libérée récemment par les force kurdes est aujourd’hui attaquée par les forces turques et leurs alliés djihadistes modérés.

Il semblerait que les forces kurdes se soient alliées pour la circonstance avec les forces du régime d’Al-Assad pour protéger la ville. La situation est complexe : Russe et Américains jouent sur différentes alliances et préparent le redécoupage du pays.

As-tu trouvé un esprit libertaire au Rojava ?

Zerocalcare : Oui, il y a bien un esprit libertaire au Rojava mais pas forcément comme on l’entend en Europe. Il y a plusieurs manière de comprendre la mot libertaire. L’expérience du Rojava n’est pas sans contradictions internes.

Cependant on trouve la volonté de créer une société horizontale, avec de la démocratie directe des assemblées populaires et le refus de la délégation.

Les Kurdes essaient de mettre en place le confédéralisme démocratique en veillant à chaque niveau de décision au niveau institutionnel (région et ville), il y aura toujours une assemblée mixte et une assemblée de femmes. De même, dans les zones non exclusivement kurdes chaque minorité ethnique (arabe, assyrienne, turkmène) est forcément représentée. Il y a au Rojava un contrat social inscrit dans une charte qui garantit un certain nombre de droits et de principes (féminisme, écologie, socialisme…)

Est-ce que tu penses que l’expérience du Rojava peut se pérenniser et se développer ?

Zerocalcare : Aucune puissance internationale n’a intérêt à voir se développer l’expérience du Rojava. Cette région du monde est très stratégique et suscite la convoitise de nombreux états (États-Unis, Russie, Iran, Turquie…). Il est intéressant de constater que malgré une situation de guerre, les Kurdes arrivent à mettre en place un autre système politique.

Les Kurdes ont montré une solide expérience militaire. Ils sont parmi les forces les plus actives de la région. Ce qui est capital, c’est la reconnaissance internationale de l’expérience du Rojava. Si l’expérience Kurde est reconnue sur le plan international, ils ne pourront pas être ignorés lors du redécoupage de la Syrie après la guerre.

Est-ce que tu vois la bande dessinée comme un outil militant efficace pour toucher un public plus large et peut être plus jeune ?

Zerocalcare : Il y a deux situations différentes. En France, c’est principalement des gens intéressés par la cause kurde qui ont lu la BD. En Italie, je suis un peu plus connu et donc c’est le public qui suit mon blog et mes BD qui a découvert la cause kurde a travers mon récit.

Je ne sais pas s’ils vont s’intéresser plus à la question kurde une fois la BD lue. Néanmoins la BD permet de toucher un public plus large qu’un ouvrage de géopolitique.

Stef et Lulu (AL Nantes)

  • Zerocalcare, Kobanê Calling, Cambourakis, 270 pages , 23 euros.
  • Les 30 premières pages de la BD peuvent être consultées sur le site du courrier international

AL, Le Mensuel, avril 2017

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