Arthur Aberlin (milicien YPG et communiste libertaire) : « Je respire le parfum de la liberté »

Par Commission Journal (Propos recueillis en mai 2017)

Illustration : un milicien du Bataillon de Libération International

Depuis le mois d’avril, notre camarade Arthur Aberlin est engagé au sein des YPG au Rojava (Kurdistan syrien). À peine arrivé, il a été confronté aux attaques de la Turquie. Pour nous, il revient sur ses premières impressions.

Alternative libertaire : Salut Arthur. Ça fait maintenant un mois que tu as rejoint l’académie de formation des YPG (Unités de protection du peuple). Peux-tu nous expliquer son fonctionnement et ses buts ?

Arthur : Alors pour faire court, c’est le lieu de passage obligé pour toute et tout volontaire internationaliste. La formation se déroule en deux temps : En premier a lieu la formation idéologique : confédéralisme démocratique, jinéologie (le féminisme local), histoire du mouvement kurde et de la région, organisation des YPG, etc. Ensuite vient la formation militaire : maniement des armes, tir et tactique. Sur le mois on apprend également les rudiments du kurmandji, le principal dialecte kurde.

L’ensemble des tâches quotidiennes (cuisine, nettoyage, etc.) sont autogérées par les élèves de l’académie. Et il y a aussi un tour de garde à faire pendant la nuit. Et tous les matins, on commence par une heure de sport.

Tous les trois jours se tient ce que les Kurdes appellent le tekmil, qui provient de la tradition maoïste de critique-autocritique. On s’y critique (comportements, propos réacs, etc.), mais on critique aussi l’organisation générale et on y propose des solutions concrètes. C’est au final assez proche des assemblées qu’on pourrait tenir dans un lieu collectif.

Fin avril, ta formation a été interrompue par les attaques de l’armée turque contre le quartier général des YPG sur le mont Karachok, et des positions du PKK et des YBS au Sinjar. Comment as-tu vécu ce moment ?

La peur tout d’abord car l’académie, dans son ambiance, ressemble beaucoup à toutes les écoles de par le monde. Il y règne facilement une forme d’insouciance écolière et ce, même dans un pays en guerre. Le choc est d’autant plus brutal quand pendant ton tour de garde, tu vois la colline située à quelques kilomètres de ta position frappée par des bombes.

Après vient la frustration face aux attaques aériennes. Tu veux faire quelque chose, contre-attaquer ou autre, mais quand tu sais que la menace en question, ce sont des hélicoptères ou des avions, tu n’as pas grand-chose à faire à part te blottir le plus profondément possible dans le trou que tu as trouvé pour te cacher.

Politiquement, tu t’y retrouves ?

J’ai envie de dire oui ! Après, je ne vais pas mentir, la révolution n’est pas parfaite. Comme toutes les révolutions, elle est pétrie de contradictions et surtout d’erreurs humaines…

Après, je vous assure qu’ici l’air en est changé, et je respire le parfum de la liberté depuis que j’ai passé la frontière. La révolution prendra bien sûr des années à s’accomplir, et elle a besoin de tout notre soutien pour s’approfondir et être défendue.

Rien n’est encore certain, mais j’ai trouvé ce que je cherchais ici : l’espoir. Oui, on a une chance de gagner ; oui, une autre vie est possible : libre, égalitaire et sans État-nation. C’est d’ailleurs une des pierres angulaires de la révolution. Ici, la critique de l’État-nation, avec la critique du patriarcat, forment je pense le cœur de la révolution. Alors comment cela pourrait-il ne pas me parler ?

Donc tu vis bien ton départ ? Pas trop le cafard parfois ?

Oui très bien ! Parfois c’est plus dur évidemment, les camarades, les ami.es et la famille me manquent. Après, ça va paraître des grands mots, mais dans une cause comme celle-ci, on se sublime aussi en tant qu’individu.e, de par l’importance de la cause à défendre. Ça fait partie de la beauté du moment, et puis on rencontre des révolutionnaires de partout, on échange, on débat, ça réchauffe aussi le cœur.

On suivra la suite sur ton blog ! Tu voudrais ajouter quelque chose ?

Oui, un dernier mot : ne restez pas inactifs, que ce soit à travers un travail de propagande ou de soutien concret, par exemple, la campagne internationale pour envoyer des pansements hémostatiques aux combattantes et combattants. Et si vous en avez l’occasion, venez ici défendre la révolution que ce soit à travers l’aide civile ou combattante ! Seule une véritable solidarité empêchera l’écrasement de la révolution !

AL, Le Mensuel, Juin 2017

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