Pour des gilets rouges et noirs

Par Léon (AL Liège)

Depuis déjà quelques jours, les gilets jaunes font couler énormément d’encre sur eux/elles et cela pour de plus ou moins bonnes raisons. Ils/elles sont tantôt décrit·e·s comme des réacs racistes, sexistes et homophobes (et cela à cause de plusieurs évènements révoltants survenus surtout en France), tantôt comme des « casseur·euse·s » violent·e·s qui s’opposent aux forces de l’ordre ou tantôt encore comme des citoyennistes pacifistes à la ligne politique floue.

Alors qui sont vraiment les gilets-jaunes ? Personnellement, plutôt que de me fier aux médias dominants, j’ai préféré me mêler au mouvement (auquel je prends déjà part depuis quelques jours).

Cependant, il faut d’abord se poser la question des raisons qui ont poussé à cette mobilisation : c’est-à-dire une augmentation du prix du carburant. Pour beaucoup, cela peut paraître ridicule (surtout dans un contexte de casse continue de nos conquêtes sociales) mais à y regarder de plus près, les choses sont plus complexes. Tout d’abord, énormément de personnes sont dans l’obligation d’utiliser très fréquemment (et pour de longues distances) leur voiture. On peut penser en l’occurrence aux personnes qui vivent à la campagne ou à celles qui travaillent loin de leur domicile (et pour beaucoup, il est clair que les transports en commun offrent de moins en moins une alternative suffisante). En bref, pour énormément de personnes, il s’agit d’un énième coup dur au porte-feuille (et visiblement, il s’agit du coup de trop).

Directement, sur les réseaux sociaux, des appels à se mobiliser ont été lancés (comme en France) et force est de constater qu’ils ont été suivis ! A Feluy, à Sclessin, à Wandre, à Erquellines, à Wierde ou encore à Tertre, des groupes s’organisent spontanément sur les réseaux sociaux et se relayent de jour comme de nuit pour bloquer l’accès aux dépôts (en prenant parfois part à d’autres actions comme des barrages filtrants sur les autoroutes).

Très vite (presque directement en fait), la colère ne se cristallise plus uniquement sur la question du prix du carburant mais plutôt sur la baisse du pouvoir d’achat en général (d’ailleurs, c’est quelque chose qui revient souvent dans les discussions que j’ai pendant les blocages, cette fameuse « goutte d’eau qui a fait déborder le vase »).

Au début, le mouvement est plutôt pacifiste et citoyenniste. On y retrouve des personnes de toutes les classes sociales : du/de la petit·e patron·ne à l’ouvrier·e en passant par le/la travailleur·euse sans emploi ou encore le/la cadre moyen·ne. Cependant, il est important de noter que la majeure partie des personnes présentes font quand même partie de la classe des travailleur·euse·s et des précaires (qui est évidemment la plus durement toucher par les mesures autoritaires ainsi que par ces nouvelles taxes). D’ailleurs, j’entends assez souvent une grande indignation à l’encontre du gouvernement et du fait que ce dernier est à la solde des plus nanti·e·s (au détriment des travailleur·euse·s). Alors, même si la colère est bien présente, il est encore difficile de savoir où va le mouvement (faute d’homogénéité, de politisation et d’organisation mais cela pourrait très vite changer).

D’ailleurs, lors des blocages, on constate déjà des cassures et des évolutions dans le mouvement. Tout d’abord, il y a régulièrement des désaccords sur les méthodes à employer dans la lutte : certain·e·s veulent respecter les règles et d’autres préfèrent une rupture nette, quitte à employer des méthodes plus dures, voir illégales. Personnellement, j’ai la certitude que si le mouvement décide de rester dans les clous, il est condamné à sa perte (car les huissier·e·s et les flics viennent empêcher, de plus en plus souvent, les blocages dans la journée comme dans la nuit).

Toujours dans la même idée, il y a énormément de discussion autour du rôle de la police. Certain·e·s ont encore beaucoup de sympathie pour ces dernièr·e·s (j’entends assez souvent l’argument qui dit « oui, mais c’est des travailleur·euse·s comme nous et eux/elles aussi subissent l’austérité »). D’autres, par contre, s’ils/elles ne sont pas forcément en rupture totale avec les forces de l’ordre, sont choqué·e·s et en colère de voir la police matraquer (ou arrêter arbitrairement) d’autres gilets-jaunes et continuer à lever leur blocage. Manifestement, beaucoup ne comprennent pas encore exactement que la police rempli justement son rôle et que son rôle est antagoniste aux intérêts de notre classe et que par conséquent, ils/elles sont les ennemis naturel·e·s de tout mouvement social (mais les flics, à coup de matraque et d’auto-pompe, clarifient doucement la chose).

En bref, si on devait définir les gilets-jaunes, on pourrait dire qu’il s’agit d’un mouvement social spontané extrêmement hétérogène dont la ligne politique (et idéologique) ainsi que les revendications sont assez floues. Cependant, j’aimerais bien ne pas arrêter mon compte-rendu à cela et justement plaider pour cette cause.

Tout d’abord, même si pas mal d’éléments réactionnaires sont présents dans le mouvement, ce dernier est à l’image de notre société. C’est certain que dans le contexte présent, il y a du sexisme, du racisme et de l’homophobie dans la classe des travailleur·euse·s et des précaires mais c’est justement d’autant plus important de participer à ce mouvement afin d’y amener des éléments de féminismes, d’anti-racisme, d’anti-fascisme, d’anti-capitalisme, etc.

Ensuite, même si j’ai vu, essentiellement sur les réseaux sociaux, des choses moches (comme ce groupe de gilets-jaune, qui en France, a arrêter un camion qui transportait des migrants pour les livrer à la police), on ne peut pas l’imputer au mouvement en tant que tel (car il n’est ni homogène, ni organisé, ni centralisé). Au-delà de ça, j’ai aussi assister à de très beaux actes de solidarité lors des blocages : des gens qui se relayent pour nous amener de la nourriture et des boissons chaudes ainsi que des palettes et des pneus pour tenir nos barricades, des habitant·e·s du quartier nous apporter du thé ou de la soupe et des mots de soutien, des jeunes du coin, parfois eux aussi racisé·e·s (et justement en colère contre une police qui les stigmatise) venir se mêler au mouvement.

Bref, il s’agit d’un mouvement de colère légitime qu’on doit absolument, je pense, soutenir. Qu’il soit désorganisé, qu’il y ait des éléments réactionnaires ou autre devrait justement nous motiver d’autant plus à le rejoindre afin d’amener à certaines discussions importantes autour des valeurs et des pratiques du mouvement (et cela justement afin de parer certains éléments réactionnaires). Si on continue de le snober comme on le fait, on laisse un boulevard à la droite et à l’extrême droite pour le récupérer (pour l’exemple, Nation a dans un premier temps mépriser le mouvement pour finalement décider d’y apporter son soutien ainsi que ses idées puantes et réactionnaires). De plus, le danger de ce rapprochement des fascistes est d’autant plus important dans une situation de désorganisation et de flou idéologique (car actuellement, lors des blocages, il s’agit encore souvent du règne de la grande-gueule et des chef·fe·s autoproclamé·e·s).

Par contre, il est sûr que si ce mouvement veut survivre, il devra s’organiser et se structurer démocratiquement (comme en France où dans plusieurs endroits des assemblées générales ont eu lieu et des groupes ont commencer à se structurer). Il est aussi certain que si on veut voir ce mouvement aller dans le bon sens, il devra éliminer ses éléments les plus réactionnaires en clarifiant sa ligne idéologique et politique (et ça, on peut y aider en entrant dans la lutte et en amenant une solidarité effective entre la gauche et le mouvement).

En réalité, ce mouvement est extrêmement important et il s’agit de voir la force et l’intensité qu’il a pris en quelques jours pour s’en rendre compte. Il s’agit actuellement d’un débordement de colère à l’état brut (avec très peu de politisation derrière) mais il s’agit d’une colère motivée par des choses juste ! C’est pour ça qu’il est important que la gauche révolutionnaire (et syndicale) participe au mouvement afin de soutenir les efforts légitimes d’une classe en lutte qui en a marre de se faire fouler du pied par des dirigeants fantoches au service du grand patronat.

De plus, énormément de personnes durant les blocages (surtout parmi les plus âgé·e·s qui ont connu·e·s énormément de défaites du mouvement syndical) ont manifesté de la déception et de la colère à l’encontre des syndicats par qui elles estiment avoir été trahies et abandonnées ces-derniers (je pense notamment à un ex-métallo avec qui j’ai discuté et qui garde une grande amertume quant à ce qu’il a vécu comme une défaite et une trahison à Arcelor Mittal).

Bref, prouvons leur par l’exemple que les syndicalistes combatif·ve·s se soucient de leurs luttes et sont prêt·e·s à se battre au sein de ce mouvement ! Désormais, si on ne veut pas voir ce mouvement de grogne spontané mourir dans l’œuf et générer pour une énième fois de la rancœur et du pessimisme, nous, syndicalistes combatif·ve·s et militant·e·s de la gauche révolutionnaire, devons absolument bâtir une solidarité effective dans cette lutte sans plus attendre de mot d’ordre de nos directions.

On vous attend.

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