Mouvements sociaux sud-américains : les minorités opprimées au centre des débats

Les 2 et 3 mars s’est tenue à Viamão, dans l’État du Rio Grande do Sul, au Brésil, la XIIIe édition des Rencontre latino-américaine des organisations populaires et autonomes (Elaopa), qui se réclament de l’indépendance et de la solidarité de classe, de la démocratie de base et de l’action directe. Nous publions une synthèse de la déclaration issue de ces rencontres.

«  Il y a 500 ans, c’était l’invasion européenne et le processus de la déportation africaine, aujourd’hui, ce sont les États et les sociétés extractivistes qui menacent notre peuple et notre planète.

La violence institutionnalisée du système patriarcal, colonialiste, raciste et capitaliste s’incarne à travers le féminicide des femmes noires et autochtones, l’extermination des peuples traditionnels, l’emprisonnement massif des Noirs, l’industrie pénitentiaire, l’intensification de l’agrobusiness, de l’industrie minière, de la monoculture et de toutes les formes de prédation de la nature qui appauvrissent nos territoires et forcent la migration de nos communautés.

Nos tâches sont de renforcer et d’organiser nos communautés, de renfocer les luttes ethno-raciales, de restaurer la culture, la spiritualité et les valeurs de solidarité, d’unité, de respect de nos ancêtres et de la nature, de proposer des espaces de formation et de rencontre politiques constantes, en rupture avec la pensée coloniale et eurocentriste.

Dépassement des pratiques sexistes

L’avancée du néolibéralisme et du conservatisme renforce les rôles de genre hétéronormés et traditionnels et incite à la violence du capitalisme, principalement à l’encontre des personnes opprimées, noires et LGBTQI + (lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre, queer, intersexe).Cette violence prend différentes formes en fonction des identités de genre et des orientations sexuelles dissidentes. Ces personnes sont également systématiquement désavantagées dans l’accès au monde du travail, au logement et à d’autres droits.

En revanche, de nombreux mouvements organisés par des groupes dissidents de genre et de sexualité cherchent à obtenir des droits individuels. La perspective individualiste aliène la lutte d’autres identités d’un point de vue intersectionnel. Il est donc nécessaire d’organiser la lutte autour d’une perspective de classe et de prendre en compte la spécificité des oppressions subies. Les méthodologies d’éducation féministe et populaire, telles que la garantie d’espaces sécurisés, la garde collective d’enfants, le dépassement des pratiques sexistes dans les organisations, l’éducation sexuelle complète, les coopératives de travail et les luttes pour le logement sont des exemples de ce qui peut être fait et revendiqué.

La bureaucratisation des mouvements sociaux qui est l’un des problèmes majeurs de la construction d’un mouvement participatif à la base et a généré une culture de la passivité et un professionnalisme militant. Nous pensons que pour construire un mouvement véritablement combatif et participatif à partir de la base, il est nécessaire d’élargir le champ d’action des mouvements sociaux, afin qu’ils puissent mener des luttes conjointes et significatives.

La crise de 2008 a joué un rôle important dans ce processus d’ascension de l’extrême droite. La promotion des sentiments de xénophobie, de sexisme, de racisme, d’homophobie, de criminalisation de la pauvreté, etc. contribue à masquer l’énorme crime financier qui a profité aux banques au prix de gigantesques sacrifices sociaux et économiques. Face à ces menaces, le groupe de combattants et de combattants des organisations qui construisent Elaopa, n’ont pas d’illusions sur les gouvernements et sur les solutions conciliatrices au sein du système meurtrier, et sont confrontés au défi de durcir leurs luttes, pour créer un pouvoir populaire  ».

Enfin, dans un contexte latino-américain marqué notamment par la crise politique et économique au Venezuela avec l’ingérence des USA et leur menace d’une intervention militaire dans le pays, les participants s’y sont opposés avec le mot d’ordre : «  Non à l’intervention yankee en Amérique Latine ! Etats-Unis hors du Venezuela  ! Pour l’autodétermination du peuple vénézuélien.  »

AL, Le Manifeste, mai 2019

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