Le revenu universel ne contribue pas à l’émancipation des travailleurs

par Angry Workers of the World

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Une partie de la gauche radicale considère la revendication d’un revenu de base universel comme un instrument pour :

  1. “faire réfléchir les gens” aux possibilités productives et à la distribution de la richesse dans le régime capitaliste ;
  2. unifier autour d’une demande commune une classe ouvrière fragmentée et atomisée.

Nous ne pensons pas que cette revendication soit utile, pour les raisons suivantes :

  • Le point de départ est problématique. Dans le système capitaliste, le revenu individuel dissimule le fait que nous dépendons les uns des autres pour vivre. En particulier, le salaire travestit une relation d’exploitation en un “accord équitable”. Le capital et l’Etat se présentent comme les forces sociales productives qui nous accordent un revenu individuel – alors que c’est notre travail social à tous qui nous fait vivre. La coopération sociale des travailleurs apparaît comme pouvoir du capital et de l’Etat. La revendication d’un revenu de base universel ne met pas cela en question. Par conséquent, cette revendication ne nous aide pas non plus à découvrir le pouvoir social qui pourrait s’opposer à celui de l’Etat et du capital. L’idée est séduisante, mais elle est boiteuse – même dans un sens réformiste.
  • Le revenu de base universel ne met pas en question les hiérarchies au sein de la classe ouvrière. La division du travail est hiérarchique : certains nettoient des saletés toute la journée pendant que d’autres développent des logiciels ou préparent un doctorat. Certains restent isolés chez eux tandis que d’autres rencontrent des gens au travail. De plus, la revendication d’un revenu de base est généralement formulée dans un cadre européen, ce qui ne fait que renforcer les inégalités au sein du prolétariat mondial. Enfin, l’insistance sur un revenu général ne met pas en cause le caractère destructeur (des hommes et de la nature) de la production capitaliste.
  • Le revenu universel s’adapte parfaitement à la restructuration de l’Etat providence – ce n’est pas un hasard si la classe dirigeante soutient l’idée d’une simplification des prestations sociales. En Allemagne, dans les années 90, une partie de la gauche (pas si) radicale mettait en avant la revendication de 1500 marks par mois – environ 1400 euros en termes actuels. C’est beaucoup pour quelqu’un qui est en bonne santé, qui vit dans un squat et n’a pas d’enfants. Mais si l’Etat avait nivelé les revenus de tous les prolétaires non actifs (retraités, malades, chômeurs) à 1500 marks, cela aurait représenté d’importantes économies en termes d’argent et de bureaucratie !
  • La revendication d’un revenu de base universel est fondée sur une relation pourrie entre la classe moyenne de gauche et la classe ouvrière. L’idée selon laquelle “le revenu universel, en donnant plus de temps et de sécurité aux travailleurs, leur permettra d’être plus actifs politiquement” suppose que les “activistes” sont les principaux acteurs sociaux. Cette conception est dans la continuité historique de l’approche paternaliste et abstraite des “revendications transitoires” qui sont censées élever par magie la conscience de classe : les travailleurs sont un peu lents et ils sont divisés, il faut les unir derrière une revendication qu’ils comprennent – nous leur expliquerons le reste en cours de route. Allez vous faire voir !

Il n’y a pas de solution toute faite. Il nous faut partir de ce que les travailleurs font déjà et des divisions matérielles au sein de la classe. Ces divisions ne peuvent être surmontées par des mesures politiques mais seulement par et dans la lutte. Il n’y a pas de mal à formuler des revendications, mais la question de l’organisation et de l’extension de notre lutte dans les conditions actuelles est bien plus fondamentale. Nous devons analyser les liens organiques entre le chômage, le travail reproductif, les boulots précaires, le pouvoir collectif sur les lieux de travail – en tant que travailleurs et co-militants ! C’est dans ce but que nous distribuons notre journal devant les agences pour l’emploi, les entrepôts, les usines et les logements sociaux et que nous essayons d’établir des liens entre les réseaux de solidarité dans les quartiers et les groupes militants sur les lieux de travail.

Une stratégie révolutionnaire commune doit partir des luttes actuelles. Qu’y a-t-il de commun entre les grèves de la faim dans les prisons, les protestations contre les sanctions à l’encontre des bénéficiaires de prestations sociales, les émeutes contre les violences policières racistes / anti-pauvres, les manifestations contre les expulsions de migrants, les “grèves de femmes” contre les mesures sexistes / anti-pauvres prises par l’Etat, les grèves des chauffeurs de Uber ou des travailleurs des fast-food, le mécontentement des travailleurs de l’industrie ? Où les différents segments de la classe se rencontrent-ils – et qu’est-ce qui les empêche de se rencontrer ? Regardons dans le miroir…

angryworkersworld@gmail.com

www.angryworkersworld.wordpress.com
www.workerswildwest.wordpress.com

traduit par: http://www.mondialisme.org/spip.php?article2586

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Zerocalcare : « Nous avons eu envie de populariser la cause kurde »

Par Stef et Lulu (AL Nantes)

À l’occasion de sa venue sur Nantes, des camarades d’Alternative libertaire de Nantes l’ont rencontré l’auteur de Kobanê Calling, Zerocalcare (voir Alternative libertaire d’octobre 2016).

Alternative libertaire : Qu’est-ce qui t’a motivé à t’intéresser au Kurdistan et en particulier au Rojava ?

Zerocalcare : À l’âge de 16 ans, j’ai commencé à m’intéresser à la politique, et notamment à participer aux activités des centres sociaux italien [1], à Rome en particulier. À la fin des années 1990, Öcalan est venu à Rome pour demander l’asile politique à l’Italie. À cette occasion, des milliers de Kurdes européens ont convergé sur Rome. Les centres sociaux italiens ont pris en partie en charge la logistique (nourriture, hébergements..) des Kurdes. À cette époque des liens forts ont été créés avec la cause kurde. C’est pourquoi, quand nous avons vu les images de Kobané assiégée Avec les camarades romains des centres sociaux, nous avons eu envie de populariser la cause kurde et la résistance à Daech.

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Publié dans actu-lutte, anarchisme, Anti-impérialisme, autonomie, Kurdistan

Manifestation : 1 mai de Lutte ! 1 mei strijd !

Partout dans le monde les exploité-e-s se soulèvent et tentent de résister à la précarisation de leurs vies. Mais ces luttes sociales menées au niveau national sont défaites par des réformes qui répondent aux exigences des institutions internationales (Union Européenne, Traité de Lisbonne, OMC, etc.), des états et des entreprises.

Malgré ces réformes et des tentatives de gouvernances mondiales (G20, etc.), les gouvernements et les patrons se sont montrés incapables d’endiguer la crise du système capitaliste. Au contraire, le bateau capitalisme prend l’eau de toute part, et face à la concurrence internationale la bourgeoisie occidentale semble de plus en plus encline à ressortir de son chapeau les vieilles recettes nationalistes, et autoritaires à l’image du Brexit (obtenu sur le thème de la « reprise de contrôle » des politiques migratoires), de la récente élection de Donald Trump aux USA et de l’ombre de Marine Le Pen planant sur les prochaines présidentielles françaises.

Partout, ces élites politiques prétendent que le sauvetage de l’économie devra se faire par l’approfondissement de la précarité et par le renforcement des oppressions racistes et sexistes qui permettent d’exploiter toujours plus les femmes, les racisé-e-s et les sans-papiers.

Plus que jamais il faut construire la convergence des luttes entre les travailleurs-euses, les précaires, les femmes et les racisé-e-s. Plus que jamais la lutte contre le capitalisme, l’extrême droite et le nationalisme devient une nécessité. Plus que jamais la résistance se soit d’être internationale !

C’est dans cette optique que le Collectif NoG20 Belgique appelle à un Premier Mai de Lutte anticapitaliste, internationaliste, antifasciste et anti-impérialiste.

Le Premier Mai doit être une journée de lutte et non de célébration, car si nous n’agissons pas, bientôt il n’y aura plus rien à fêter !

Face au capitalisme globalisé, la lutte sociale doit converger au niveau international.

Internationalisons la lutte et la solidarité !

Toutes et tous dans la rue ce 1 mai à 11H30 Au Carré de Moscou (Square Janson) à Saint-Gilles !

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Démocratie et capitalisme sont incompatibles

Par Grégoire (AL Orléans)

Avec les « affaires » rattrapant de plus en plus de politiciens (Publifin en Belgique,  Fillon, Le Pen et Macron en France), la « moralisation de la vie politique » ou la « démocratie réelle » deviennent de plus en plus centrales dans certains discours à gauche. En Espagne, où les affaires de corruption se sont multipliées, elle est le fer de lance du parti Podemos, qui sert de modèle à la France insoumise et à d’autres formations en Europe.

Évidemment, on ne peut que critiquer la concentration du pouvoir entre les mains d’un président comme en France, les passages en force à coup d’articles 49.3 comme pendant la loi travail, l’immunité dont font la plupart du temps preuve les politiciens, la mise à l’écart des petits candidats aux législatives.

Pour autant, pourrait-il y avoir une démocratie authentique dans le cadre du capitalisme ? En effet, le capitalisme place le champ économique « hors démocratie », entre les mains d’une minorité non élue, au pouvoir quasi héréditaire : les capitalistes. Or c’est bien la possession des moyens de production qui détermine qui dirige.

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Les Libertaires, l’intersectionnalité, les races, et l’islamophobie

Par Francis Dupuis-Déri et Irène Pereira (publié sur Grand Angle Libertaire)

Depuis la parution du livre d’Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous, au printemps 2016 (Paris, La Fabrique), on voit se développer dans les milieux libertaires en France une polémique autour de l’usage de la notion de « race »[1]. Ceux qui utilisent une telle notion sont qualifiés de « racialistes » et assimilés à des racistes. Cela touche en particulier la notion d’« intersectionnalité » qui est issue des sciences sociales et reprise par des militants dans le but de mieux articuler la réflexion autour de différentes oppressions comme le sexe, la race et la classe[2]. Récemment, le Groupe anarchiste Regard noir (depuis autodissous) publiait, avec la Anarchist Federation, une brochure intitulée Classe, genre, race et anarchisme, proposant des traductions de textes plutôt courts de l’Assemblée des femmes de la Fédération anarchiste britannique, qui aident à réfléchir à la notion — et au phénomène — de « privilèges »[3].

Le site de réflexions libertaires Grand Angle a souhaité proposer une discussion entre deux libertaires et chercheurs en sciences sociales, pour lever certains malentendus et comparer le contexte militant et intellectuel français et québécois. En effet, Francis Dupuis-Déri milite ou a milité dans des organisations de sensibilité anarchiste aux États-Unis, en France et surtout au Québec. Il enseigne en science politique et en études féministes à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et il a signé quelques livres, par exemple L’anarchie expliquée à mon père (avec Thomas Déri, Montréal, Lux, 2014) et Les Black Blocs (Montréal, Lux, 4e éd. 2016). Irène Pereira a milité dans différentes organisations libertaires (CNT, Alternative Libertaire) et est membre du collectif de rédaction de la revue Réfractions. Elle enseigne à l’ESPE de l’Université de Créteil et participe au réseau « Sexe, race, classe » de l’Association française de sociologie. Elle a publié, entre autres, Anarchistes (Montreuil, La ville Brule, 2009) et L’anarchisme dans les textes (Paris, Textuel, 2011).

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Publié dans actu-lutte, Alternative Libertaire, anarchisme, Anticolonialisme, Antiracisme, Féminisme, Islamophobie

Violences policières et Etat néolibéral

Par Lombardi (AL BXL)

425209754_89223_4039392897188143494« Peu importe que la guerre soit réellement déclarée et, puisque aucune victoire décisive n’est possible, peu importe qu’elle soit victorieuse ou non. Tout ce qui est nécessaire, c’est que l’état de guerre existe. » – George Orwell

Depuis novembre 2016, et singulièrement depuis les attentats de Bruxelles, nous vivons « l’Etat d’Urgence » à la Belge. Cet ensemble de mesures vise parait-il à lutter contre le terrorisme. Pourtant les attentats de Zaventem et du métro Maelbeek le 22 mars 2016 nous ont prouvé l’inefficacité du flicage généralisé.

Par contre, la manipulation de la peur et du terrorisme est une stratégie qui s’avère payante pour le gouvernement et l’état néolibéral. Alors que la classe politique détricote depuis des décennies l’état social. Le discours sécuritaire permet quant à lui de bâtir un état  autoritaire et répressif.

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État espagnol : Résistance populaire à La Cañada Real

Par Jérémie (AL Gard)

125617-943-550Médiatisé et stigmatisé comme « le quartier des 12 000 doses d’héroïne quotidiennes » de la région de Madrid, La Cañada Real est aussi un quartier ouvrier riche de quelque 8 000 personnes qui y vivent et y résistent. Entre trafic de drogue, violence des cartels, des junkies et de la police, mais aussi le spectre de douteux jeux de spéculation immobilière, sa population prend son destin en main et s’organise.

Le 16 décembre 2016, sous une pluie battante, un millier d’habitantes et habitants du barrio obrero [1] de La Cañada Real, situé en périphérie de Madrid, manifestait sa colère devant les portes du conseil départemental de la capitale ibérique. À leurs côtés, des membres d’associations de quartiers voisins, comme celui de Vallecas, ou encore des militantes et militants de la Marche de la dignité. Cette manifestation faisait suite à une première action, le 16 novembre, où des centaines de personnes avaient bloqué l’entrée de leur quartier, à l’aide de barricades et des pneus enflammés.

Un double enjeu justifie la mobilisation des associations de La Cañada Real. Tout d’abord, le sentiment d’être tenu à l’écart de toutes les décisions concernant leur avenir en tant que quartier, et ce en dépit des promesses des élu.es « progressistes » de Podemos ou de IU [2]. La rumeur, aussi et surtout, de la destruction prochaine de 80 à 90 % des logements, avec comme perspective la mise sur pied d’un macro-projet immobilier avec des complexes hôteliers de luxe, un terrain de golf et des centres commerciaux divers. Une logique de destruction qui a, d’ailleurs, commencé puisque, selon un des animateurs de ­l’Association de quartier, Juan José Escribano, pas moins de 150 familles auraient vu leurs logements mis à bas ces derniers mois.

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