Démocratie et capitalisme sont incompatibles

Par Grégoire (AL Orléans)

Avec les « affaires » rattrapant de plus en plus de politiciens (Publifin en Belgique,  Fillon, Le Pen et Macron en France), la « moralisation de la vie politique » ou la « démocratie réelle » deviennent de plus en plus centrales dans certains discours à gauche. En Espagne, où les affaires de corruption se sont multipliées, elle est le fer de lance du parti Podemos, qui sert de modèle à la France insoumise et à d’autres formations en Europe.

Évidemment, on ne peut que critiquer la concentration du pouvoir entre les mains d’un président comme en France, les passages en force à coup d’articles 49.3 comme pendant la loi travail, l’immunité dont font la plupart du temps preuve les politiciens, la mise à l’écart des petits candidats aux législatives.

Pour autant, pourrait-il y avoir une démocratie authentique dans le cadre du capitalisme ? En effet, le capitalisme place le champ économique « hors démocratie », entre les mains d’une minorité non élue, au pouvoir quasi héréditaire : les capitalistes. Or c’est bien la possession des moyens de production qui détermine qui dirige.

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Les Libertaires, l’intersectionnalité, les races, et l’islamophobie

Par Francis Dupuis-Déri et Irène Pereira (publié sur Grand Angle Libertaire)

Depuis la parution du livre d’Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous, au printemps 2016 (Paris, La Fabrique), on voit se développer dans les milieux libertaires en France une polémique autour de l’usage de la notion de « race »[1]. Ceux qui utilisent une telle notion sont qualifiés de « racialistes » et assimilés à des racistes. Cela touche en particulier la notion d’« intersectionnalité » qui est issue des sciences sociales et reprise par des militants dans le but de mieux articuler la réflexion autour de différentes oppressions comme le sexe, la race et la classe[2]. Récemment, le Groupe anarchiste Regard noir (depuis autodissous) publiait, avec la Anarchist Federation, une brochure intitulée Classe, genre, race et anarchisme, proposant des traductions de textes plutôt courts de l’Assemblée des femmes de la Fédération anarchiste britannique, qui aident à réfléchir à la notion — et au phénomène — de « privilèges »[3].

Le site de réflexions libertaires Grand Angle a souhaité proposer une discussion entre deux libertaires et chercheurs en sciences sociales, pour lever certains malentendus et comparer le contexte militant et intellectuel français et québécois. En effet, Francis Dupuis-Déri milite ou a milité dans des organisations de sensibilité anarchiste aux États-Unis, en France et surtout au Québec. Il enseigne en science politique et en études féministes à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et il a signé quelques livres, par exemple L’anarchie expliquée à mon père (avec Thomas Déri, Montréal, Lux, 2014) et Les Black Blocs (Montréal, Lux, 4e éd. 2016). Irène Pereira a milité dans différentes organisations libertaires (CNT, Alternative Libertaire) et est membre du collectif de rédaction de la revue Réfractions. Elle enseigne à l’ESPE de l’Université de Créteil et participe au réseau « Sexe, race, classe » de l’Association française de sociologie. Elle a publié, entre autres, Anarchistes (Montreuil, La ville Brule, 2009) et L’anarchisme dans les textes (Paris, Textuel, 2011).

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Violences policières et Etat néolibéral

Par Lombardi (AL BXL)

425209754_89223_4039392897188143494« Peu importe que la guerre soit réellement déclarée et, puisque aucune victoire décisive n’est possible, peu importe qu’elle soit victorieuse ou non. Tout ce qui est nécessaire, c’est que l’état de guerre existe. » – George Orwell

Depuis novembre 2016, et singulièrement depuis les attentats de Bruxelles, nous vivons « l’Etat d’Urgence » à la Belge. Cet ensemble de mesures vise parait-il à lutter contre le terrorisme. Pourtant les attentats de Zaventem et du métro Maelbeek le 22 mars 2016 nous ont prouvé l’inefficacité du flicage généralisé.

Par contre, la manipulation de la peur et du terrorisme est une stratégie qui s’avère payante pour le gouvernement et l’état néolibéral. Alors que la classe politique détricote depuis des décennies l’état social. Le discours sécuritaire permet quant à lui de bâtir un état  autoritaire et répressif.

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État espagnol : Résistance populaire à La Cañada Real

Par Jérémie (AL Gard)

125617-943-550Médiatisé et stigmatisé comme « le quartier des 12 000 doses d’héroïne quotidiennes » de la région de Madrid, La Cañada Real est aussi un quartier ouvrier riche de quelque 8 000 personnes qui y vivent et y résistent. Entre trafic de drogue, violence des cartels, des junkies et de la police, mais aussi le spectre de douteux jeux de spéculation immobilière, sa population prend son destin en main et s’organise.

Le 16 décembre 2016, sous une pluie battante, un millier d’habitantes et habitants du barrio obrero [1] de La Cañada Real, situé en périphérie de Madrid, manifestait sa colère devant les portes du conseil départemental de la capitale ibérique. À leurs côtés, des membres d’associations de quartiers voisins, comme celui de Vallecas, ou encore des militantes et militants de la Marche de la dignité. Cette manifestation faisait suite à une première action, le 16 novembre, où des centaines de personnes avaient bloqué l’entrée de leur quartier, à l’aide de barricades et des pneus enflammés.

Un double enjeu justifie la mobilisation des associations de La Cañada Real. Tout d’abord, le sentiment d’être tenu à l’écart de toutes les décisions concernant leur avenir en tant que quartier, et ce en dépit des promesses des élu.es « progressistes » de Podemos ou de IU [2]. La rumeur, aussi et surtout, de la destruction prochaine de 80 à 90 % des logements, avec comme perspective la mise sur pied d’un macro-projet immobilier avec des complexes hôteliers de luxe, un terrain de golf et des centres commerciaux divers. Une logique de destruction qui a, d’ailleurs, commencé puisque, selon un des animateurs de ­l’Association de quartier, Juan José Escribano, pas moins de 150 familles auraient vu leurs logements mis à bas ces derniers mois.

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Citoyennisme : Une stratégie inoffensive face au capitalisme

Floran Palin (AL Marne)

Le citoyennisme propose en général un recyclage des recettes passées, qui ni à la hauteur de la crise que rencontre le capitalisme, ni satisfaisant politiquement, ne promettant qu’une meilleure gestion du capitalisme.

Le citoyennisme est une nébuleuse, un mouvement épars, sans programme cohérent, mais reprenant et mélangeant les analyses et propositions d’auteurs altercapitalistes médiatisés. Pour autant, ces auteurs nous conduisent dans l’impasse pour en finir avec les crises et les inégalités.

Bernard Friot : un collectivisme économique relooké

Le projet de société de Bernard Friot repose sur cinq piliers : la suppression de la propriété lucrative, remplacée par la propriété d’usage, le versement d’un salaire à vie, la rémunération à la qualification (selon une échelle de une à quatre fois le smic, avec un smic net à 1500 euros), l’extension de la cotisation comme alternative au salaire direct, la création monétaire sans crédit. Il rappelle grandement les bases du collectivisme économique, alliant propriété collective (ici gérée par l’Etat), et distribution marchande (contrairement au communisme, qui la supprime).

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Réformisme : De quoi le citoyennisme est-il le nom ?

Par Matt (AL Montpellier)

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Nuit debout Paris République 13 mai 2016.

Partout en Europe, de nouveaux mouvements de gauche radicale se développent : Syriza en Grèce, Podemos en Espagne, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon… En quoi sont-ils nouveaux par rapport à la « vieille » social-démocratie ou les courants révolutionnaires ? Leur point commun est de s’appuyer sur le « citoyennisme », nouvelle idéologie à la mode. Pourtant, celle-ci est critiquable voire problématique. Petit tour d’horizon…

Pour comprendre la situation politique actuelle, il faut faire un détour par la crise financière de 2008. Le massif soutien aux banques crée un endettement des États qui a pour conséquence des politiques d’austérité délétères : augmentation du chômage, baisse des salaires, démantèlement des aides sociales… La crise économique, liée à un essoufflement de la dynamique du capitalisme, est durable.

En termes politiques, elle cause l’accélération de la mise en place d’une gestion technocratico-sécuritaire du politique : gauche social-démocrate et droite conservatrices de gouvernement se ressemblent désormais comme deux gouttes d’eau et leur programme est simple : mettre en place des mesures néolibérales et dans le même temps développer le sécuritaire pour museler et réprimer toute contestation potentielle…

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Utiliser le mot « race » ?

Par MignonChatonMarxiste

tumblr_oh5cn4bnyp1v9zuduo1_1280Une polémique [1] a récemment agité le milieu libertaire français concernant l’utilisation des termes race, racialisation, racisés etc. certains dénonçant une essentialisation du débat sur le racisme, essentialisation qui relèverait elle-même du racisme. Selon ce point de vue, reprendre ces termes serait contribuer à propager la grille de lecture raciste.

Dans un premier temps il semble que, tel quel, cet argument est absurde : il n’est pas question de reprendre ces termes pour les valider mais pour les étudier afin d’en révéler l’aspect socialement et historiquement construit, et d’en proposer une définition critique qui révèle cet aspect construit.

Cet argument est donc à peu près aussi absurde que si on affirmait que parler de prolétariat pour critiquer l’exploitation reviendrait en fait à contribuer idéologiquement au capitalisme en acceptant de nous reconnaître comme des prolétaires. Ou encore qu’il ne faudrait pas utiliser le mot racisme parce que ce terme contient le mot race, donc valide le racisme. Il ne s’agit pas d’une question de mot mais d’analyse à laquelle ce mot renvoie et dans le contexte de laquelle il est employé.

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Publié dans Anticolonialisme, Antiracisme